Comment prévenir les risques littoraux et les submersions marines ?
La prévention passe en premier lieu par l'amélioration des connaissances des phénomènes et des risques. Des actions peuvent ensuite être mises en œuvre afin de limiter les risques, que ce soit en terme de :
- réduction de la vulnérabilité des enjeux humains, économiques et environnementaux en maîtrisant ou en adaptant l'urbanisation et l'aménagement des zones à risque
- information préventive et sensibilisation des populations
- surveillance, alerte et gestion de crise
- gestion de l'érosion et de la submersion en vue de la réduction de l'aléa dans les zones exposées
Amélioration des connaissances
En ce qui concerne l'érosion du trait de côte, de nombreuses études sont en cours dans les secteurs identifiés comme étant prioritaires en vue d'établir un schéma de la gestion de l'érosion à l'échelle sédimentaire, ce qui aura des répercussions en terme de travaux. De plus, des réseaux de mesures (campagnes topobathymétriques, réseaux de mesures de houle...) ont été mis en place et seront développés en vue d'assurer le suivi de l'érosion du littoral.
En ce qui concerne la submersion marine, si la marée et l'effet de la pression peuvent facilement être modélisés, il n'en est pas de même d'autres paramètres (effet du vent, propagation de la surcote à l'intérieur des terres...). Leur modélisation n'est pas possible de façon fiable en l'état actuel des connaissances, notamment en raison de la densité trop faible d'observation, en particulier lors des tempêtes.
Bien que les outils scientifiques et techniques ne permettent pas de prédire précisément les aléas, il parait cependant important de prendre en compte ces phénomènes en tirant les enseignements des évènements passés.
Il n'existe pas de carte représentant l'aléa « submersion marine » au niveau régional. Cependant, des atlas des zones inondables par submersion marine sont en cours de réalisation (maîtrise d'ouvrage Etat : DRE/DIREN ) et devraient être disponible en 2008.
Dans le cadre du volet littoral du CPER 2007/2013, 2 Millions d'Euros d'études sont prévus pour améliorer les connaissances concernant les risques littoraux. Ces études contribueront notamment à préciser quel pourrait être l'évolution de ces risques en lien avec le changement climatique.
Réduction de la vulnérabilité
La meilleure protection face aux risques littoraux consiste à laisser un espace de liberté à la mer. Celui-ci servira à la dissipation de l'énergie des vagues et à la constitution du cordon dunaire qui protégera de la submersion et formera un réservoir de sable face à l'érosion. Il est donc important de préserver les espaces encore libres de tout aménagement.
Dans les secteurs déjà aménagés et lorsque cela reste techniquement possible, le recul des infrastructures ou des aménagements doit être privilégié. De plus, la solution d'un recul stratégique (infrastructures, activités...) est souvent intéressante économiquement à long terme tout en permettant de restaurer le caractère naturel du site et de préserver son attrait touristique. Des démarches de recul stratégiques sont en cours au niveau du Lido de Sète ou du Golfe d'Aigues-Mortes.
En savoir plus en sonsultant le site de la préfecture du Languedoc-Roussillon sur le projet d'aménagement du lido de Sète à Marseillan:
> Consulter le site internet
La maîtrise de l'urbanisation et de l'aménagement des zones exposées, voire l'adaptation des constructions, peut se faire par le biais des documents d'urbanisme (SCOT, PLU) ou des PPR.
La délivrance des permis de construire devant se faire en compatibilité avec les PPR et documents d'urbanisme, ces derniers permettent d'interdire la construction dans les zones les plus exposées, ainsi que d'édicter certaines prescriptions en vue de réduire la vulnérabilité des enjeux humains, économiques et environnementaux.
- PPR : A l'heure actuelle, en Languedoc-Roussillon, le risque submersion marine est pris en compte dans les PPR. Il s'agit de PPR couplés inondation et submersion, comme par exempleà Argelès, au Barcarès (P.O.) et au niveau de l'Etang de Thau. Dans les PPR réalisés avant 2000, la submersion n'est pas prise en compte.
- PLU et SCOT : La prise en compte de ces risques dans les documents d'urbanisme (PLU, SCOT) se fait automatiquement lorsqu'un PPR existe (le PPR étant une annexe du PLU) ou via le «porté à connaissance» de l'Etat qui informe les maires, des risques naturels auxquels leurs communes sont soumises, lors de l'élaboration des documents d'urbanisme.
En tout état de cause, la logique qui consiste à ne pas construire dans les zones de mobilité du littoral, si elle est prise en compte lors de l'élaboration des documents d'urbanisme, reste la meilleure solution pour prévenir les risques (réflexions à mener / distance minimum de sécurité).
Information préventive et sensibilisation des populations
Les informations concernant les risques littoraux, ainsi que les mesures prises par les autorités en vue de prévenir ces risques (DDRM, DICRIM, PPR) doivent être mises à la disposition des citoyens directement dans les préfectures et sous-préfecture, ainsi que dans les mairies des communes exposées à ce type de risque, et sont parfois consultables sur Internet.
Au niveau national ou régional, il existe peu d'actions en vue de sensibiliser le public, les décideurs, les administrations, les constructeurs... notamment face aux risques de submersion marine.
A partir des scénarii prospectifs d'évolution du trait de côte et des espaces potentiellement soumis au risque de submersion marine qui seront étudiés dans le cadre du volet littoral du CPER 2007/2013, des outils de sensibilisation des élus et des populations doivent être conçus et utilisés dans l'objectif de mettre en œuvre le recul stratégique des enjeux.
Surveillance, alerte et gestion de crise
En matière de prévision des risques de submersion marine, il s'agit de prévoir les fortes tempêtes pouvant affecter les zones littorales. Le dispositif de prévision de Metéo France (bulletin de côte) permet d'avoir notamment accès aux informations suivantes :
- un rappel des " avis de vent fort " en cours ou prévus (BMS) ; les " avis de vent fort " associés aux " bulletins réguliers " sont émis sous forme de bulletins météorologiques spéciaux " BMS " dès que la vitesse du vent observé ou prévu dépasse un seuil fixé.
- la situation générale et son évolution
- une prévision détaillée à 24 H d'échéance concernant le vent, l'état de la mer, le temps sensible et la visibilité
En savoir plus en consultant le site de météo France sur les prévisions marines:
> Consulter le site internet
Gestion de l'érosion et de la submersion
Jusqu'aux années 80/90, la seule réponse à l'érosion était locale et ne prenait pas en compte la globalité du phénomène. Les solutions apportées (enrochements, épis...) stabilisaient le phénomène localement mais ont le plus souvent entraîné une aggravation sur les secteurs voisins.
Aujourd'hui, les solutions sont recherchées à la fois :
- à une échelle plus globale, dans une logique de gestion intégrée des zones côtières mise en œuvre dans le cadre de démarches européennes
- à une échelle cohérente avec le phénomène naturel: la cellule sédimentaire (partie du littoral fonctionnant de façon autonome par rapport aux portions voisines).
Quand cela est possible, le recul stratégique, la restauration d'un équilibre et d'un fonctionnement naturel sont favorisés par rapport aux protections lourdes.
Pour limiter l'érosion ou la submersion marine, des solutions techniques peuvent être utilisées. En Languedoc-Roussillon, les solutions mises en place concernent essentiellement l'érosion, les objectifs étant :
- Sur les zones naturelles : Stratégie de retardement du phénomène érosif par des techniques «douces» en restaurant un fonctionnement naturel qui a été perturbé (restauration de cordons dunaires[1], by-pass d'ouvrages...) ou en apportant des sédiments au système naturel (rechargements de plage, suppression des seuils en rivière...)
- Zones urbanisées à risque de submersion :Stratégie de protection par des techniques lourdes visant à modifier le transit sédimentaire. Cela consiste à bloquer localement ce transit par la mise en place de techniques pouvant être "lourdes" (épis, brise-lames...) mais aussi plus "légères" (pieux en bois). Dans tous les cas, le résultat recherché est de stocker sur place le sable transitant. Ces solutions sont à envisager lorsque aucune autre approche technique n'est possible et pour les zones où les enjeux sont forts et indéplaçables.
- Zones à enjeux fortement soumises à l'érosion : stratégie de recul des activités et infrastructures car il s'agit de la solution la plus «durable»
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Dans ce contexte, d'importants programmes d'aménagement intégré des zones côtières sont engagés depuis 2002, et ce à minima jusqu'en 2013, en vue de protéger et d'aménager 8 sites pilotes (lido de Sète et autres plages qui disparaissent). Ils mobiliseront au total près de 150 millions d'Euros, preuve d'une prise de conscience des enjeux, notamment en terme d'économie touristique et d'accueil des populations.
En savoir plus en consultant le site de la préfecture du Languedoc-Roussillon sur l'objectif d'aide à la réalisation de travaux de réhabilitation de sites côtiers emblématiques:
> Consulter le site internet
En complément, des études « pré-aménagement » sont réalisées par des collectivités territoriales en vue de protéger le littoral sur d'autres sites. Par exemple, l'étude Têt - Agly menée actuellement par la Communauté d'Agglomération de Perpignan a pour objectif de déterminer la stratégie à adopter afin de lutter contre l'érosion du littoral sur ce secteur : recul stratégique, rechargement de sable, mise en place d'épis...
Etant donné le caractère permanent des phénomènes d'érosion du littoral et de submersion marine, voire leur aggravation dans le temps pour cause de réchauffement climatique, il est important de souligner deux points :
- la réflexion sur les actions et interventions à engager doit être menée sur le long terme
- les ouvrages de protection n'ayant pas un effet définitif (par exemple, la durée de vie d'un épi est d'environ 30 ans), il est nécessaire de réinvestir afin de les réadapter au cours du temps. Cela implique que des choix devront être faits et des priorités définies concernant les zones à maintenir, en fonction des financements associés.
Actuellement, il existe peu d'actions de prévention du risque de submersion marine. Ce risque est essentiellement pris en compte, et ce de manière marginale, lors d'opérations de travaux de lutte contre l'érosion. Cependant, il s'agit d'une problématique prioritaire pour les années à venir en raison du réchauffement climatique et des ses probables conséquences : multiplication de fortes tempêtes, prévision d'une montée du niveau de la mer...
Pour l'avenir, il paraît donc indispensable d'intégrer une logique d'aménagement du littoral prenant en considération le fait que la zone littorale est mobile. Il ne sera certainement pas possible de protéger éternellement toutes les zones aménagées sur le littoral régional, des choix devront alors être faits en terme de secteurs à protéger en priorité (ce qui supposera des moyens très importants à apporter régulièrement) et/ou de déplacements de population.





